Ames
soeurs
Chapitre 11 : Destinée
cruelle
Genre : cruel
Notes : 1) vous verrez que je désigne une fois où deux Remus par
le diminutif « jeune homme », c’est parce que je n’ai pas trouvé
mieux à ce moment là, si quelqu’un à une meilleure idée, je suis toute ouie.
2) ceux que le sang, les entrailles, les chairs en lambeau et la
torture dégoûtent, ne faites pas un pas de plus, ce chapitre et ceux qui vont
suivre ne sont pas pour vous. Je n’ai aucune pitié pour mes perso et n’en
aurait aucune à l’avenir, vous êtes prévenu.
3) pour une certaine traduction, il faudra attendre le chapitre
prochain, je peux pas tout vous dire quand même^^
4) il est interdit de tuer l’auteur tant qu’elle n’a pas terminé
son histoire
Quelques heures.
Plus que quelques heures
et tant de choses à faire encore. Tant de détails à organiser, à vérifier. Des
détails préparés depuis si longtemps, appris et revu tant et tant de fois,
comme s’il n’avait existé que cela tout au long de ces années. Tant de mots qui
dansaient dans son esprit, laissant couler en lui une puissance qu’il s’était
désespéré de retrouver, des espoirs qu’il croyait perdus. Enfin… enfin le jour
était venu de les réaliser. Enfin le rêve de toute une vie, le travail de tant
de générations avant lui, allait être accompli. Et cette fois, il n’y aurait
personne pour se mettre en travers de son chemin.
Personne.
Et plus que quelques
heures maintenant.
Malgré les lourds rideaux
noirs et opaques qui couvraient les hautes fenêtres de la pièce, l’inondant
d’obscurité, il savait qu’il ne faisait pas encore nuit. Il pouvait sentir les
rayons pénétrant du soleil percer l’épais tissu pour venir presque brûler sa
peau. Il attendait le crépuscule, le voulait, le désirait plus qu’autre chose,
languissant de pouvoir sentir couler sur son corps sa fraîcheur mortelle.
Pourtant, il savait qu’il ne viendrait avant plusieurs heures encore et qu’il
lui faudrait affronter la rudesse du soleil bien avant de le voir glisser sur
lui.
Oui, il lui restait tant
de choses à faire.
Mais avant, il souhaitait
profiter encore un peu de la tranquille horreur du spectacle qui s’offrait à
son regard. Il ne pouvait se lasser de voir danser les flammes devant lui,
brûlant lentement sur les pierres noires et anguleuses de la cheminée, léchant
les derniers restes d’un sang qui les avait nourrit. Leur teinte bleu vert se
reflétait à peine et n’éclairait rien de la pièce dans laquelle il reposait,
confortablement assis dans son fauteuil, les bras posés avec possessivité sur
un grimoire enchâssé d’or et de cuir carmin. Rien si ce n’était peut-être les
traces sanglantes qu’il n’avait pas consumées et qui paraît le devant du foyer
de leur couleur rubis et gluante, ultime preuve de la vie qui s’était évanouie
ici, servant de bûcher à ces flammes ténébreuses.
Il écarta un instant son
regard du feu pour le porter sur le petit flacon de cristal qui reposait sur la
table près de lui et prit délicatement l’objet de dix centimètres à peine qui
contenait le précieux liquide qu’il y avait déposé. Moins précieux certes que
celui qu’il conservait dans l’écrin de bois posé sur son bureau, mais tout
aussi indispensable.
Il le porta un instant
devant son regard et, faisant jouer sur ses pupilles sa couleur carmine, laissa
naître à ses lèvres un léger sourire satisfait.
Même couleur qui paraît
encore ses longs doigts effilés.
Il l’agita un peu,
faisant tanguer légèrement son contenu aussi transparent et pur qu’un rubis,
comme une perle de vin dont on se languissait de goûter le bouquet. Il reposa
alors le petit flacon, prenant bien garde de ne pas risquer de le renverser par
un geste malheureux et, alors que d’une main, il caressait négligemment la
couverture lisse du grimoire, il amena l’autre à ses lèvres et d’un geste lent,
presque gracieux, tel un chat, commença à lécher le liquide déjà à moitié
coagulé qui poissait ses doigts. Son goût cuivré fondit immédiatement sur sa
langue, pour couler doucement dans sa gorge et le faire frémir de délice. Il se
délecta alors plus fiévreusement encore de sa peau, répugnant à laisser seulement échapper à son appétit une seule
goutte de la précieuse substance, teintant ses lèvres de carmin dans son
empressement.
Lorsqu’il ne resta plus aucune trace du
liquide sur sa main, grognant presque de dépit, il laissa sa langue jouer sur
ses muqueuses encore gorgées, dans un geste provocateur pour quiconque aurait
pu l’observer. Ses yeux brillaient désormais d’une teinte étrangement proche
des flammes qui se consumaient dans l’âtre, reflet de ce qui aurait pu être
jugé folie, mais qui étaient désormais maîtres d’un destin bien plus tragique.
D’une nouvelle ère.
Il resta encore un long
moment ainsi immobile, avant que les derniers souffles du feu n’évoluent à son
regard pour mourir finalement, retournant, enfant du néant, à sa mère de
ténèbres. La dernière source de lumière de la pièce se tarit avec lui et elle
sembla se désintégrer pour ne plus laisser que le vide d’une nuit sans fin.
Il se leva alors,
nullement dérangé par cette obscurité et se déplaça lentement jusqu’à son
bureau pour en prendre l’écrin qui reposait dessus. Sa robe, évasée à ses
pieds, glissa sur le parquet parfaitement ciré, le balayant d’un son pendulaire
et discret de friselis. Il se saisit du coffret d’acajou lisse et froid et
l’ouvrit délicatement, exposant à sa vue son intérieur de velours rouge
étrangement éclairé par le flacon central qui laissait échapper une légère
lueur. Une autre fiole de pur cristal finement taillé y reposait également, jumelle
de celle qu’il avait laissée sur son guéridon, mais vide.
Il le porta alors avec
milles précautions jusqu’à la petite table, pour y glisser le dernier flacon,
avant de le refermer et d’en tourner la clé qui scellait le sort de protection.
Il glissa le petit objet d’argent qui reposait sur une chaîne, à son cou et,
tirant un cordon de soie noire, appela
finalement un de ses serviteurs.
Il n’eut pas longtemps à
attendre avant que deux coups légers ne soient portés à sa porte et qu’il ne lui
ordonne d’entrer. L’être se glissa aussitôt à l’intérieur, laissant un fin
faisceau de lumière l’accompagner, pour venir rapidement allumer les
différentes bougies qui ornaient la pièce. Ses dernières éclairèrent aussitôt
son visage gobelin et défiguré d’une cicatrice transverse qui semblait
littéralement le couper en deux, punition d’un ordre mal exécuté. Ses mains,
pourtant tremblantes, accomplirent habillement leur travail, alors qu’il
gardait son regard vitreux respectueusement baissé au sol.
Il était pauvrement vêtu,
à peine quelques guenilles sales et déchirés qui laissaient voir les marques
profondes qui zébraient son dos et ses flancs. Pourtant, il ne protestait pas,
les coups qu’il avait reçus, il le savait, n’étaient que caresses comparés à ce
qu’il avait déjà vu infliger. Et c’est parce qu’il n’avait pas voulu participer
à cette triste mascarade qu’il avait reçu ce châtiment. Il haïssait son maître
et avait beaucoup à se plaindre de lui, mais jamais ces marques ne feraient
partie de ses griefs. Cette souffrance était sa fierté, un peu d’une torture
inhumaine qu’il avait pris sur lui pour soulager, au moins pour un temps, une
âme bien plus meurtrie. Comme il aurait voulu pouvoir fuir cependant cette
maison, mais il ne pouvait pas. Pas encore. Mais un jour prochain, peut-être…
Bientôt, la pièce entière
sembla renaître des ténèbres, laissant à nouveau voir l’immense bibliothèque
couverte de livres, l’étrange mappemonde de cuivre et de bois qui ne dessinait
rien des continents connus et le pendule lunaire qui avait stoppé sa course en
attendant les premiers rayons de l’astre nocturne. Il y avait aussi les chaînes
et anneaux de fer qui pendaient autrefois au mur et reposaient maintenant sur
le bureau, et tant d’autres choses encore, témoins de dizaines d’années de
recherches, de travaux et d’apprentissages.
Le maître des lieux
laissa son regard se promener encore quelques instants sur son univers, sur ses
créations, presque nostalgique.
Au sol, les ébauches d’un
pentacle partiellement dissimulé par un tapis, au mur, les traces sanglantes de
mois de tortures et dans l’âtre, les restes de ce qui avait un jour été un
bébé. Un petit être innocent dont il avait pris plaisir à déchirer la gorge de
ses mains pour en recueillir de sang.
Rhreï Alrăhr…
Il pouvait encore sentir
sous ses doigts sa peau céder doucement, exposant ses chairs délicates et
gorgées de vie. Il pouvait encore entendre à ses oreilles ses cris désespérés,
ses appels à une vie qu’il savait le quitter. Il pouvait encore goûter son sang
délicatement parfumé de cette pureté que seuls les nouveau-nés possédaient.
Une offrande.
Un paiement comme en
reçoit le Passeur de Morts pour mener les âmes jusqu’à l’autre rive.
La première pierre sur le
chemin de la destiné.
Se saisissant de la
sacoche de cuir qui reposait près de son fauteuil, il la passa rapidement en
bandoulière sur ses épaules, après y avoir déposé l’écrin et, alors que son
serviteur s’évertuait encore à allumer les derniers cierges, il glissa la
capuche de sa robe sur sa tête, plongeant son visage dans son obscurité d’où
seul son regard pouvait percer.
Il se tourna alors vers
le Gobelin.
_ Le jour est arrivé,
Gohr. Souffla-t-il. Il est temps de découvrir l’Oryale.
L’être sentit un long
frisson parcourir aussitôt son échine à peine le nom prononcé et faillit
relever brusquement la tête.
L’Oryale ?
Ainsi ce qu’il avait
glissé dans sa sacoche…
Ses yeux s’agrandirent
d’horreur.
Non, ce ne pouvait pas…
Pas déjà… ! Il n’avait rien vu, rien suspecté, comment… ? Et mon
dieu, il ne pourrait jamais les prévenir à temps ! Il allait être obligé
de le suivre, jusqu’à ce qu’il ne parte… et… Non !!!! C’était
impossible ! Ils n’étaient pas prêts, ils ne savaient pas ! Ils ne
savaient Pas !
Ses mains se mirent à
trembler si fort qu’il faillit lâcher la flamme qu’il tenait et, oubliant toute
prudence, releva sur son maître ses yeux noirs et perdus. Celui-ci ne
s’intéressait déjà plus à lui, occupé à rassembler les quelques éléments dont
il aurait besoin.
Il recula d’un pas,
terrifié.
Mais comment… ? Il
lui manquait toujours l’ Aŀhŗan Nēhr, il…
Presque affolé, il avait
laissé son regard se perdre sur le guéridon et ce qu’il y vit alors le fit
presque défaillir.
Ils avaient échoué !
Ils. Avaient. Echoué.
Ils ne L’avaient pas
récupéré.
IL était en sa
possession.
Il regarda la cheminé où
demeuraient les traces de sang, il regarda le mûr d’où les chaînes avaient
disparues et ses yeux se portèrent à nouveau sur le guéridon dont son maître retirait
le livre et le poignard d’argent et de corne qui s’y trouvaient jusqu’à
présent. Il lui sembla presque que son univers venait de se désintégrer devant
lui.
IL était en sa
possession.
Et il allait ouvrir
l’Oryale.
Tout était perdu.
***
Draco s’assit rapidement à la table d’étude,
immédiatement suivit de Ron qui prit place à côté de lui, l’air de rien, ainsi
que de Goyle et Ginny. Les deux couples se grimacèrent un sourire entendu et
soulagé, avant de se plonger respectivement dans leurs livres. Ils avaient
choisit la table la plus à l’écart de la bibliothèque, perdue dans un recoin
sombre d’une chicane dans le mur de pierre froide, pour se protéger des regards
indiscrets. Harry, Hermione et Crabbe ne tarderaient pas à les rejoindre, une
fois qu’ils seraient parvenus à se défaire de Rogue qui avait failli les
surprendre.
Un peu trop empressés
après une journée passée à se battre froid pour sauvegarder les apparences, les
quatre jeunes gens avaient abandonné toute prudence une fois les cours terminés
et, se croyant à l’abri des regards inquisiteurs, avaient décidé de rattraper
les longues heures écoulées. Malheureusement, ils avaient oublié que Rogue
n’avait pas encore regagné son bureau et il s’en était fallu de peu pour qu’il
ne les surprenne.
Merci à Crabbe qui
l’avait vu approcher et Harry et Hermione qui avaient alors sortis le grand jeu
pour détourner son attention. La claque que la jeune femme avait administré à
son compagnon, avant de crier aes grands dieux sa jalousie pour un baiser qui
n’avait jamais existé, avait été tellement convaincante, que les jeunes gens
n’étaient pas sûrs que Harry n’en garderaient pas réellement une marque.
Ils avaient alors
poursuivit leur bruyante querelle amoureuse sous le regard d’un Rogue perdu, partagé
entre l’énervement et l’impuissance face à une situation qu’il n’avait
visiblement jamais eue à gérer, pour leur permettre de se sauver en douce,
gloussant devant la mine de leur pauvre professeur.
Ils n’étaient pas prêt
d’oublier son expression et étaient bien sûrs qu’elle alimenterait bien des
histoires encore.
Draco grimaça un sourire
vengeur à cette idée, avant de lancer un petit regard en coin à son compagnon
qui semblait complètement perdu dans sa lecture à présent. Son sourire se fit
plus doux, mais plus taquin aussi et il glissa discrètement une main sous la
table pour venir titiller le flanc du jeune rouquin qui sursauta aussitôt,
ravalant tout juste un cri de protestation.
Goyle et Ginny relevèrent
immédiatement la tête pour voir son regard furieux braqué sur un Malfoy mort de
rire.
_ Draco… Grogna-t-il.
_ Oui ? Demanda
innocemment ce dernier entre deux hoquets.
_ Omea o korosu !
_ Arghhhh !!! Mima le blond en posant une main sur son cœur,
comme s’il venait de le tuer. Tous à terre, le glaçon est arrivé !!!
_ Moi je ne trouve pas
qu’il ressemble à Heero, murmura Ginny à son compagnon d’un ton complice.
_ Vrai, répondit le jeune
homme en souriant, vu son enthousiasme à sauter sur Draco, il me ferait plutôt
penser à Duo.
_ Nan, je dirais un Ryo
Saeba tourner shonen ai, ponctua la jeune femme.
_ GINNY ! S’exclama
son frère en tournant pivoine.
_ Bah quoi ?
(NdW : allusion aux mangas Gundam Wing et City Hunter/Nicky
Larson)
Draco, toujours effondré,
attira le jeune rouquin ronchonnant contre lui pour l’asseoir sur ses genoux,
avant de placer un petit baiser dans son cou. Puis, il tourna un regard amusé
vers sa sœur pour lui souffler dans un clin d’œil.
_ Malheureusement, je
crois que cette ressemblance s’appliquerait plutôt à moi !
_ Vraiment ?
S’enquit aussitôt la jeune femme. On peut savoir ?
_ Si tu me racontes
aussi.
_ Deal !
_
DRACO !
_
GINNY !
S’exclamèrent leurs deux compagnons en même temps, visiblement peu
enclin à voir étaler leur intimité avec tant de désinvolture. Bien sûr, après
tout juste une semaine passée depuis qu’ils s’étaient mis ensemble, il savait
qu’il n’y avait pas encore grand chose à raconter, mais tout de même.
Le bond et son amie
s’échangèrent un regard plein de promesses quant à de futures discussions,
avant d’exploser de rire devant la mine affolée et suppliante de leur moitié
respective.
Ginny déposa finalement
un rapide baiser sur la joue de son compagnon pour se faire pardonner, alors
que Draco resserrait un peu plus son étreinte sur la taille de Ron pour le
coller à lui. Une de ses mains vint caresser doucement son flanc taquiné un peu
plus tôt et Weaslay oublia bien vite ses griefs sous ce geste tendre. Il laissa
sa tête venir se loger au creux du cou de son compagnon, ronronnant presque de
plaisir.
Tout cela lui semblait
quasi irréel. Presque trop beau pour être vrai.
Il se souvenait encore du
premier baiser qu’ils avaient échangé une semaine plus tôt. Il ne s’était pas
vraiment rendu compte de ce qu’il faisait, complètement perdu dans son plaisir,
avant que le souffle ne vienne à lui manquer. Trois choses avaient alors
traversé son esprit. La première, fut qu’il était réellement en train
d’embrasser Draco, un garçon (pas que cela le dérange particulièrement pour sa
part), mais surtout son pire ennemi, puis son meilleur ami et que ce n’était
pas une réponse à un défi, pas un petit smack de rien du tout, mais un vrai
baiser, avec tout ce qui va avec. La deuxième, fut que le blondinet embrassait
sacrément bien, mieux que cela même et qu’il n’était pas sûr de vouloir
abandonner ses lèvres. La troisième enfin et la plus terrifiante, fut qu’il
était en train de faire son coming out devant tous ses amis.
Toutes les craintes qu’il
aurait pu avoir quant aux réactions de Draco, s’étaient évanouies lorsque le
jeune homme n’avait pas hésité à prolonger leur étreinte, allant même un peu
plus loin, alors qu’il sentait une main se glisser dans un repli de sa robe
pour venir doucement caresser sa peau. Tendresse qu’il lui avait d’ailleurs
rendue sans vraiment sans rendre compte. Il avait alors réalisé dans un sourire
que ses sentiments étaient partagés et que le jeune homme avait visiblement
désiré la même chose que lui depuis bien longtemps, même s’ils venaient
seulement de comprendre leur désir.
Par contre, même en
connaissant leur plan, il n’avait pu s’empêcher de craindre la réaction de
leurs amis et, lorsqu’était venu le temps de se séparer pour reprendre leur
souffle, il s’était rapidement écarté, les joues enflammées, hésitant à lever
sur eux ses yeux. Son regard avait rapidement croisé celui de Draco, y lisant
la même appréhension et ils avaient rassemblé leur courage l’un dans l’autre
pour les affronter.
Ils s’étaient finalement
retrouvés face à huit visages souriant follement, au point qu’ils semblaient
presque prêts à se déchirer et ils s’étaient sentis soulagé plus qu’ils ne
seraient jamais capables de le dire.
Un concert
d’applaudissement avait alors retenti et, rassurés, les deux tourtereaux
n’avaient pas attendu d’autres permissions pour se perdre à nouveau l’un dans
l’autre.
Mais le plus doux moment
avait été celui où Draco avait prononcé doucement à son oreille les quatre
mots qu’il avait toujours rêvés d’entendre.
« _ Je t’aime,
Ron. »
Il se souvenait lui avoir
sourit et l’avoir serré contre lui, respirant son parfum de noix de coco avant
de lui répondre gentiment :
« _ Moi aussi Draco, moi
aussi. »
Les applaudissements
s’étaient fait plus forts encore à ce moment là et il avait tous deux rougis
jusqu’aux oreilles. Il était même pratiquement sûr d’avoir vu Ginny pleurer de
joie, mais Goyle, qui l’avait bien vite pris dans ses bras, ne lui avait pas
permis d’en être absolument certain.
Ron avait encore un peu
de mal parfois à réaliser que leurs amis pouvaient être aussi compréhensifs.
L’homosexualité (quoi que les deux garçons se considéraient plutôt bi, du à
d’antérieures attractions pour la gente féminine) restait un sujet tabou et il
savait qu’il était facile d’être dénigrés, voire haïs pour leur préférence
sexuelle. L’intolérance était monnaie plus courante qu’il n’y paraissait et
beaucoup de personnes semblaient incapables d’accepter l’existence de ces
sentiments. Ce n’était pourtant rien d’autre que de l’amour et du désir et
personnellement, il ne se sentait pas différent parce qu’il aimait un garçon.
Il ne se sentait pas moins homme.
Heureusement, leur petit
groupe était ouvert et bienveillant et constituait un cocon protecteur face au
reste du monde. Certaines personnes comprendraient, d’autres non et quand ces
dernières seraient trop nombreuses, il savait qu’il y aurait toujours une
personne au moins pour les comprendre et les écouter.
_ EH ! Vous êtes
dans une bibliothèque ici, vous pourriez avoir un peu plus de tenu !!
La voix amusée de Harry
sortit Ron de ses pensées et il releva aussitôt la tête pour grimacer un
sourire au jeune homme dressé devant lui, une main passé autour de la taille de
sa compagne, tout aussi souriante. Crabbe avait déjà pris place près de son
meilleur ami et lui racontait visiblement la fin de l’aventure au vu des
regards enjoués qu’il échangeait avec Ginny et Goyle.
_ Une bibliothèque ?
Dit bêtement Ron. Vraiment ??? Je n’avais pas vu ! Et toi ?
Demanda-t-il en se tournant vers Draco.
_ Une bibliothèque !
S’exclama le jeune homme. Quelle horreur ! Ron nous sommes impardonnables.
_ Je crois aussi, mais je
connais un moyen de nous rattraper !
_ Vraiment ?
_ Hunhun !
Et avant même que le blond
ait eu le temps de réagir, Ron s’était retourné et avait capturé ses lèvres en
une étreinte fougueuse qu’il accueillit avec joie. Tellement fougueuse
d’ailleurs que la chaise n’y résista pas. Emportée vers l’arrière par l’élan du
jeune homme, elle entraîna les deux garçons avec elle, avant de se renverser
par terre dans un bruit fracassant qui attira l’attention de toute la
bibliothèque.
Mort de rire autant du
fait de leur audace que des mines rouges de hontes et d’amusement de leur
camardes, ils se séparèrent bien vite avant d’être surpris et eurent tout juste
le temps de se masquer d’une expression furieuse et haineuse avant que la
bibliothécaire n’arrive.
_ Que se
passe-t-il ? Demanda-t-elle en dévisageant les deux jeunes gens qui
semblaient se lancer des regards furieux.
_ Rien, dit Harry. Ne
vous en faite pas. Juste une chaise malencontreusement renversée, il n’y a pas
eu de mal et il n’y a pas de quoi s’affoler.
La femme, une sorcière
aigrie et bégueule lui lança un regard dédaigneux et hautain qui clamait haut
et fort qu’elle ne croyait pas un seul instant à son histoire, mais elle ne le
releva cependant pas ouvertement. Il était après tout, Harry Potter, le jeune
prodige, celui qui avait réussi à détruire définitivement Voldemort, une des
plus grandes personnalités de cette école. Elle se contenta donc de renifler
d’un air féroce avant de dire d’un ton qui ne souffrait pas de réplique :
_ Vous êtes ici dans une
bibliothèque ! Sachez-vous tenir plus correctement à l’avenir.
_ Oui, Madame,
répondirent en cœur le petit groupe, un air presque angélique sur le visage qui
se changea en un tirage de langues général lorsqu’elle se retourna.
Les autres élèves qui
étaient venu voir de quoi il retournait ricanèrent doucement, avant qu’elle ne
les envoie regagner leur place d’un coup d’œil furieux.
Oubliant complètement de
maintenir l’illusion, Ron et Draco s’échangèrent un regard complice avant de se
serrer la main, dissimulant mal leur amusant et s’attirant l’étonnement de
plusieurs élèves qui, plus lents à partir, assistèrent à la scène.
_ Oups ! Grimaça
Ron.
_ Double oups !
Renchérit Draco, une mine plus sombre sur le visage.
Comprenant parfaitement
son inquiétude, Harry lui lança un sourire rassurant avant de rapidement
rattraper le petit groupe qui jasait déjà.
_ Ne t’en fait pas, lui
dit Hermione. Il va arranger ça.
Le jeune homme, pas
vraiment rassuré, acquiesça néanmoins, soutenu par Ron qui lui pris gentiment
la main. Il savait qu’il venait de faire une erreur grave, il espérait
seulement qu’elle ne remontrait jamais jusqu’aux oreilles de Rogue et encore
moins à celles de son père.
Tentant de chasser sans
vraiment y parvenir, la peur qui lui tordait à nouveau l’estomac, toute joie
envolée, il retourna s’asseoir, après avoir redressé sa chaise et se plongea
dans son livre de cours, ignorant les regards désolés de ses amis. Pourtant,
son attention ne se fixa pas un seul instant sur les lignes qui dansaient à son
regard, mais sur les souvenirs qui venaient encore le tourmenter chaque nuit.
Il semblait tout juste avoir trouver le bonheur et celui-ci était maintenant
menacé par sa faute.
Gravement menacé.
Pourquoi fallait-il
toujours qu’il détruise tout autour de lui ?
Il eut soudain très peur
pour Ron, pour ce que son père pourrait lui faire et ne put empêcher un frisson
de remonter sa colonne.
Le jeune homme qui avait
apparemment compris sa détresse, posa une main rassurante sur son bras.
Si seulement ce simple
contact pouvait suffir.
Si seulement.
***
Ses pieds se posèrent sur les pierres grises
et lisses du parterre de la tour, alors que les dernières volutes de magie qui
l’entouraient se dispersaient lentement, comme essaimées par le vent en
millions de particules pailletées d’or et de cuivre. Il leva une main pour
caresser ces vestiges diaprés aux couleurs du soleil couchant et tourna son
regard vers l’horizon pour voir le crépuscule éteindre ses derniers rayons.
L’astre éblouissant n’était plus qu’une mince ligne de feu noyée dans la
pénombre qui commençaient déjà à le submerger. La nuit avait presque
entièrement gagné son opposé, voile de soie bleu profond charriant des milliers
d’étoiles plus ou moins brillantes. Mais il manquait à ce spectacle la reine
lune, qui n’apparaîtrait pas ce soir, laissant aux ténèbres le soin, pour
quelques heures, de gagner la terre entière.
Une nuit où chimère et
réalité se mêlerait pour ne plus jamais se scinder.
Le dernier rayon du
soleil disparut à l’horizon et un petit sourire, caché dans l’ombre de sa capuche,
effleura ses lèvres. Enfin il était à lui, ce crépuscule.
Il fit lentement un pas,
laissant le dernier souffle de vent frais de ce début de nuit charrier ses
senteurs sauvages à son visage, des senteurs étrangement épicés : mandragore, branchiflore. Des parfums de
magie et de mystère qui semblaient peu à peu envahir l’air environnant, se
préparant à accueillir la vie qui renaîtrait cette nuit.
Son sourire se fit plus
franc, lorsqu’il observa les proximités océanes qui longeaient l’enceinte de l’établissement.
Le sort marchait parfaitement. Il pouvait voir la barrière invisible qui se
dressait maintenant, arrêter les vagues déferlantes avant qu’elle n’ait pu
atteindre le pied de la falaise. Mais plus qu’une protection contre les
éléments déchaînés de la nature, elle les empêcherait de pénétrer, Le
protégeant de leur attaque le temps qu’il retrouve toute sa puissance. Lui
laissant plusieurs heures pour se nourrir de ce pouvoir dont il aurait tant
besoin.
Son regard se perdit à
nouveau sur l’horizon où plus aucune flamme ne venait brûler la pénombre
nocturne et il avança lentement vers la porte de la tour.
Il était temps de
commencer.
Il ne lui manquait plus
que deux toutes petites choses et tout pourrait enfin prendre place, mais pour
cela il devait encore se faire discret, au moins pour un temps. Il savait
parfaitement qu’ils étaient là, à le surveiller, croyant bien à tort leur
espion non démasqué. Mais ce dernier avait déjà payé de sa vie son audace. La
pauvre créature avait rejoint depuis longtemps la poussière, donnant bien
malgré elle son existence à la réussite de son plan. Si seulement il avait
su !
Un petit rire ironique
passa ses lèvres aux souvenirs de l’horreur qui avait gagné son regard
lorsqu’il avait compris ce qui allait se passer. Lorsqu’il avait su qu’il avait
à son tour échoué et que pire même, il lui permettait d’amorcer le Sãryl Rhreï,
comme ces pauvres imbéciles qui avait cru pouvoir l’empêcher de récupérer l’
Aŀhŗan Nēhr.
Comme c’est dommage Ronald, tu as perdu un de tes meilleurs éléments,
ta meilleure équipe et tu m’as offert ce que je recherchais depuis si
longtemps. Me croyais-tu à ce point stupide pour ne pas connaître vos
intentions. J’ai cru perdre ma meilleure chance il y a quelques années, mais
vous m’en avez offert une seconde à votre corps défendant. Je n’échouerais pas
cette fois. Personne ne pourra me contrer, pas même Potter. Il n’est rien, il
sera écrasé avant même d’avoir pu prononcer une parole, comme vous tous.
Son rire se fit plus fort
et sombre, résonnant sur les contreforts plongés de ténèbres et semblant
pénétrer l’école par chaque ouverture, chaque petit interstice qui lui était
offert. Toute la population de Poudlard frémit sans le vouloir à ce même
instant et si la plupart ne s’en soucièrent pas, quelques-uns uns s’en
inquiétèrent à raison, mais sans encore réaliser toute la portée de sa
signification.
Il ouvrit sans effort le lourd panneau de
bois qui le séparait de l’intérieur chauffé et tranquille de l’établissement,
brisant avec facilité les quelques barrières dressées et y pénétrant lentement.
Sa robe frotta silencieusement les marches de bois de l’escalier qu’il
entreprit de descendre et la porte se referma doucement derrière lui.
Avec lui, un air vicié et
corrompu se faufila, presque palpable de haine et de désir de vengeance.
Mon enfant, pensa-t-il, ton
destin t’attend.
***
Il fit encore un pas
hésitant, vacillant douloureusement sur ses jambes, avant de s’appuyer contre
le tronc d’un arbre et d’inspirer profondément. Chaque goulée d’air qui entrait
dans ses poumons était autant de pics effilés qui semblaient les transpercer et
les brûler et il eut à peine la force de demeurer debout.
Il pouvait sentir son
sang couler lentement le long de sa joue, de la profonde estafilade qui
marquait sa tempe droite. Il gouttait lentement, réchauffant sa peau glacée,
noyant son regard d’une teinte lie de vin qui le rendait presque aveugle.
Combien d’autres plaies parcourraient encore ainsi son corps, il n’en était pas
sûr. Trop probablement. Beaucoup trop.
Chaque pas se faisait
plus pénible que le précédent à mesure que ses forces le quittaient au rythme
de ses saignements. Il était même possible qu’une hémorragie soit en train de
le tuer pour ce qu’il en savait. Il avait plusieurs côtes cassées qui le
torturait à chaque mouvement et apparemment une épaule disloquée. Ses vêtements
étaient lacérés en plusieurs endroit là où les lames d’énergie avaient coupé
profondément ses chairs et étaient gorgés de sa vie.
Son chemin était tracé
d’une traînée sanglante qui grandissait un peu plus à chaque pas.
Une vague de nausée passa
lentement, lui ôtant un peu plus de force et il se sentit pendant quelques
instants bien trop proche de l’évanouissement. Mais il ne devait pas perdre
connaissance. Pas maintenant. Pas tant qu’il n’aurait pas atteint l’école.
Il devait continuer.
Il se redressa, ignorant
les plaintes douloureuses de ses muscles malmenés et reprit lentement sa
progression, un pas après l’autre, avec pour seul pensée : avancer. Une
litanie qui courait sur sa langue et semblait seule résonner dans les
profondeurs de la forêt.
Avancer.
Encore.
Un pas.
Et un autre.
Oublier la souffrance,
oublier la fatigue qui fermait son regard, oublier la certitude du réconfort que
les ténèbres pourraient lui offrir et avancer toujours un peu plus.
Il aurait voulu pouvoir
utiliser la magie, laisser les mots qu’il connaissait depuis si longtemps
rouler sur sa langue, mais ils s’embrouillaient dans le flou de ses pensées, se
mélangeant sans qu’il soit capable de les séparer.
C’est à peine s’il se
rappelait encore pourquoi il devait continuer.
Il savait juste qu’il
devait avancer.
Il suivait une petite
boule de lumière qu’il n’était même pas sûr d’avoir lui-même créée et qui éclairait
suffisamment son chemin, alors que la nuit avançait déjà ses ombres sur toute
l’étendue boisée. Elle ressemblait à une petite luciole à la lueur pâle et
diffuse qui semblait s’amenuiser à mesure qu’il s’épuisait. Combien de temps
encore avant qu’elle ne disparaisse ? Combien de temps encore avant qu’il
ne succombe à la souffrance ?
Plus qu’il n’en avait
besoin, pria-t-il silencieusement.
Il marcha soudain sur un
parterre de feuilles mortes qui se déroba sous ses pieds, entraînant son poids
presque mort sans qu’il n’ait la force de se rattraper et il roula à terre,
dévalant sur le flanc une petite pente de presque quinze mètres. Un cri de
douloureuse agonie lui échappa et sa vision se ferma pendant quelques instants.
Lorsqu’il rouvrit son regard,
il ne sut pas combien de temps s’était écoulé. Il semblait allongé sur la terre
meuble et humide, le dos appuyé contre le maigre bosquet de buissons qui
l’avait arrêté. La lumière avait disparu, fanée au moment même où son regard
s’était éteint, mais il pouvait voir maintenant se dresser devant lui une
barrière d’énergie qui se fondit rapidement dans l’obscurité.
Presque certain d’avoir
rêvé cette étrange vision, il parvint à lever une main tremblante qui alla
lentement à la rencontre de la surface lisse. A peine l’eut-il touché qu’elle
se mit à briller légèrement d’azur..
Une enceinte de
protection… puissante… très puissante.
Il sentit son cœur
manquer un battement.
Cela ne pouvait dire
qu’une chose, il était déjà sur place.
Puisant dans ses
dernières forces et ignorant la souffrance, il parvint à se relever,
secrètement soulagé d’avoir passé la barrière avant qu’elle ne soit dressée. Il
se retourna alors lentement pour constater que l’école n’était plus qu’à
quelques centaines de mètres.
Tout n’était pas encore
perdu.
***
Les couloirs étaient tous
plongés d’obscurité et même la lumière des étoiles semblaient incapable de
percer les carreaux des hautes fenêtres qui courraient tout du long. Il pouvait
néanmoins distinguer sans mal chaque obstacle, chaque porte, chaque piler alors
qu’il avançait silencieusement, tel un fantôme hantant une vieille demeure
victorienne.
Sa main gauche reposait
sur sa sacoche de cuir, caressant inconsciemment le sceau d’étain incrusté dans
la peau lisse et parfaitement travaillée, alors que la droite froissait
doucement le satin de sa robe dans un mouvement pendulaire parfaitement
synchrone à ses propres pas.
Il se déplaçait avec la
grâce des félins, possédant aussi bien leur agilité que leur regard perçant et
étrangement brillant, espérant gagner au plus vite l’aile où demeurait son
unique chance.
Il se trouvait pour
l’instant dans la partie réservée aux classes d’où il pouvait encore parfois
sentir s’échapper des résidus de magie.
Il passa soudain devant
une porte ouverte, prêtant à peine attention aux contours sombres des bureaux
qu’il y distingua et eut tout juste le temps de faire quelques pas avant
d’entendre retentir derrière lui un feulement menaçant.
Un petit sourire ourla
ses lèvres et il se retourna aussitôt pour faire face au pauvre animal qui
ébouriffa ses poils autant par menace que par peur. Un petit grognement échappa
de la gueule bardée de crocs qui s’éteignit bien vite face à celui, beaucoup
plus rauque et dangereux, de son adversaire. La chatte poussa alors un petit
miaulement de dépit, comprenant son erreur, qui se changea presque aussitôt en
un râle d’agonie, quand qu’un craquement sinistre retentit dans les couloirs.
Elle n’avait eu aucune
chance.
La bête s’écroula
aussitôt à terre, secouée de spasmes et la cage thoracique broyée, un petit
filet de sang coulant de son museau au regard maintenant voilé. Il fallut à
peine plus de quelques seconde avant que la mort ne vienne la prendre et abrège
une souffrance inutile. Il y eut un dernier raclement de ses griffes sur le
tapis épais qui recouvrait en partie le sol et puis, juste le silence.
Un silence bien vite
rompu par un appel inquiet.
_ Miss Teigne ?
Rusard !
Grimaça aussitôt avec amusement la silhouette
encapuchonnée.
Elle vit le vieux fureteur approché avant même qu’il n’ait gagné
la porte et ne lui laissa pas le temps de crier, ni d’avoir peur, le saisissant
violemment à la gorge pour le plaquer avec une facilité déconcertante contre le
mur. Il pesait son poids et pourtant son agresseur semblait l’avoir soulevé
avec autant de facilité qu’un petit sac de plume.
Rusard perdit aussitôt
son souffle lorsque son dos entra en contact avec la roche et lâcha la lampe
qu’il tenait à la main pour ouvrir de grands yeux horrifiés lorsque celle-ci
roula jusqu’au corps inerte et à moitié écrasé de sa chatte. A peine plus qu’un
gémissement s’échappa de ses lèvres, pathétique plainte de tristesse et de
terreur mêlée et il reporta lentement son attention sur son agresseur dont il
ne distingua que les pupilles glacées. Un long frisson le parcourut violemment
à ce moment et le reste ne fut alors plus que douleur telle qu’il n’en avait
jamais goûté.
Une force incroyable
écrasa sa cage thoracique d’une pression lentement calculée, faisant craquer
une à une chacune de ses côtes pour les faire s’enfoncer profondément dans ses
chairs. Il aurait hurlé de douleur, s’il n’avait pas eu cette main étrangement
douce bloquant tout son dans sa gorge, et même plus encore, lorsqu’il sentit la
première côte perforer son poumon. Un gargouillis inaudible et sanglant passa
ses lèvres lorsque la deuxième ne tarda pas à suivre, lui ôtant presque tout ce
qui lui restait de conscience. Il eut cependant le malheur de sentir, au-delà
de la simple souffrance, une troisième pointe effilée pénétrer son péricarde et
forcer son passage jusqu’au cœur. Une convulsion arqua son dos lorsqu’elle s’y
introduisit, l’enfonçant encore plus profondément et ses yeux se révulsèrent
alors que son corps entier était pris de tremblements. Un flot carmin s’échappa
de sa bouche et il eut soudain conscience qu’il n’avait même pas essayé de se
débattre. Mais cette idée n’eut pas le temps de faire ses ravages dans son
esprit. A peine fut-elle formée que son dernier souffle franchit ses lèvres
bleuies et que son corps cessa de s’agiter.
Il le lâcha presque
immédiatement, quelque peu irrité que son agonie n’ait pas duré plus longtemps,
mais se fit une raison et, se détournant, reprit lentement son chemin ne
prenant pas garde à effacer les gouttes de sang qui tâchait sa robe et ses
mains. Bien d’autres couleraient avant la fin de la nuit, bien plus subtil et
précieux.
Il allait atteindre la
porte qui le mènerait aux escaliers du second étage lorsqu’une nouvelle
interruption l’empêcha de poursuivre plus avant. La lumière se fit soudain dans
tout le couloir l’éblouissant violemment, l’obligeant pour quelques courtes
secondes à fermer les yeux.
Il entendit le son
distinct d’un hoquet derrière lui et perçut l’influx magique avant même qu’il ne
fasse chemin dans sa direction. Il se détourna lentement et resta parfaitement
impassible lorsque le sort vint s’écraser misérablement contre la barrière
qu’il avait dressée pour se protéger.
Il ricana doucement
devant la grimace choquée et surprise qui se peignit sur le visage de son
adversaire et plus encore, à son expression horrifiée lorsqu’il parla et
qu’elle reconnut indubitablement sa voix.
_ McGonagall,
souffla-t-il. Justement, je vous cherchais.
_ Lucius… répondit la
sorcière d’un air dégoûté. J’aurais du m’en douter.
Le père de Draco ôta sa
capuche pour lui faire réellement face.
_ C’est toujours un
plaisir de vous revoir.
_ Plaisir non partagé, je
peux vous l’assurer.
_ Tient donc, dit Malefoy
en soulevant un sourcil faussement étonné. Et pourquoi ça ?
_ Vous le savez très
bien.
_ Vraiment ?
_ Ce que vous avez fait à
Draco…
_ A ça… mais ce n’est
rien. Rien du tout. Rien comparez au sort que je vous réserve. Rien comparez au
destin qui lui tend les bras.
La sorcière recula inconsciemment
devant le ton menaçant et l’intensité de son regard plein d’une folie qu’il ne
cachait plus à présent. Une folie toute rationnelle.
_ Son destin ? Ne
put-elle s’empêcher de demander.
Un vrai sourire naquit
sur le visage du sorcier lorsqu’il laissa échapper les deux mots sacrés qui
firent pâlir mortellement McGonagall.
_ Rhreï Shalim.
_ Non…
Elle recula encore un
peu, comprenant trop tard la cause de ce qu’elle avait vu, comprenant trop tard
leur déraison à tous de se croire à l’abri. Pourtant ce n’était qu’un mythe,
elle avait toujours cru qu’il ne s’agissait que d’un mythe. Mais maintenant…
Elle voulut faire encore
un pas, mais il l’en empêcha. Il étendit sa main sur elle sans qu’elle puisse
l’en empêcher et elle sentit aussitôt une magie glaciale et empoisonnée
l’entourer. Son cri terrifiant d’agonie sembla ne jamais pouvoir s’arrêter.
***
Draco supprima le petit
soupire d’agacement qui était prêt à franchir ses lèvres et détourna les yeux du
problème de mathématique magique qu’il ne parvenait pas à résoudre. Il était
pourtant normalement bon dans cette matière, mais ce soir, les nombres et les
formules semblaient incapables de s’enchaîner de façon cohérente dans son
esprit. Il se massa quelques instant les tempes pour tenter de s’éclaircir les
idées, mais sans grand succès.
Il devait normalement
rendre le devoir le lendemain, mais tout concourait à ce que ce ne soit pas
dans ses possibilités. Bien sûr, comme il s’agissait d’une matière optionnelle,
ce n’est pas d’une importance majeure, mais il n’aimait pas rendre ses travaux
en retard.
Il tenta une dernière
fois de se concentrer et calculer l’angle d’inclinaison de ce maudit flux
magique, mais il ne put rien tirer de son esprit que l’envie irrésistible de
bailler. Furieux contre lui-même, il referma violemment son livre et jeta son
crayon sur la table, le laissant rouler jusqu’à ce qu’il chute au sol sans même
chercher à le retenir.
Mais qu’avait-il
donc ?
Depuis l’incident de cet
après-midi, il n’arrivait pas à se concentrer. Chaque action, chaque parole,
chaque pensée le ramenait inéluctablement vers les souvenirs qui hantaient sa
mémoire, le rendant presque fou. Tant que Ron avait été avec lui pour le
soutenir, il n’en avait pas trop souffert, puisant dans sa tendresse la force
nécessaire pour repousser les images qui l’assaillaient constamment. Mais
depuis qu’il avait du le quitter pour regagner sa chambre, tout avait empiré.
Il n’osait même pas s’imaginer l’instant où il devrait aller se coucher et où
ses pensées ne pourraient plus se tourner vers rien d’autre. Rien que l’idée
d’éteindre la lumière était tellement terrifiante qu’il ne pouvait s’empêcher
de frémir.
Il ne comprenait pas.
Certes, la fin de journée n’avait rien eu de réjouissant, malgré l’assertion
d’Harry que rien de ce qui était arrivé ne transpirerait des quelques témoins
présents, mais cela ne suffisait pas à expliquer son malaise. Il avait presque
l’impression qu’une ombre planait sur l’école, plus noire et dangereuse que
tout ce qu’ils avaient connu avec Voldemort.
Son regard se porta sur
l’immensité de la nuit qui lui sembla soudain bien trop ténébreuse derrière les
carreaux de sa fenêtre et il regretta de ne pas avoir accepté la proposition de
Ron de dormir dans sa chambre pour ce soir. La crainte d’être surpris avait
alors surpassé celle de se retrouver seul, mais maintenant elle se faisait
beaucoup moins forte.
Si seulement il avait dit
oui.
Mais peut-être n’était-il
pas trop tard.
Il hésita un long moment,
laissant ses doigts effleurer le satin noir de la cape posée délicatement près
de lui. Il voulait se lever et courir vers la porte, courir vers son compagnon,
mais il avait en même temps irrationnellement peur d’affronter seul la noirceur
de couloir fermé à toute lumière.
Il avait beau maugréer
contre cette terreur infantile et absurde, il ne pouvait l’empêcher de rugir à
ses veines. Sans savoir comment, il sentait que quelque chose n’allait, que
quelques chose avait changé et qu’il n’était plus en sécurité nulle part, mais
moins encore dans le noir. Pourtant une petite voix à son esprit lui soufflait
aussi qu’il ne fallait pas qu’il reste ici, qu’il fallait qu’il fuit à tout
prix.
Il ne savait plus quoi
faire.
Un cri, plus terrible que
tout ce qui lui avait été donné d’entendre, retentit soudain lui glaçant le
sang. Il s’éleva pendant si longtemps qu’il crut qu’il ne prendrait jamais fin,
augmentant un peu plus sa terreur à mesure qu’il se faisait agonie et lorsqu’il
s’arrêta, le silence fut bien plus effrayant encore.
Sa décision fut prise en
quelques secondes à peine, saisissant sa cape et la drapant rapidement sur ses
épaules, il se leva et gagna presque en courant la porte de sa chambre,
omettant même d’éteindre ses lumières et de la fermer derrière lui.
Il savait seulement qu’il
fallait qu'il parte d’ici au plus vite.
Il se précipita dans le
couloir, tentant d’ignorer sa peur alors qu’il marchait dans l’ombre de cette
nuit sans lune et atteint rapidement la porte qui marquait la limite des
dortoirs des Serpentards. Il l’ouvrit sans même réfléchir, sans même prendre
garde à rester discret pour ne pas se faire surprendre et entra presque
aussitôt en collision avec une haute silhouette drapée de noire.
Il chuta à terre et son
cœur sembla s’arrêta lorsqu’il porta son regard sur le visage découvert. Une
grimace de terreur déforma ses traits et il voulut reculer précipitamment pour
entendre aussitôt claquer derrière lui le lourd panneau de bois qui lui coupa
toute chance de retraite.
La silhouette s’accroupi
devant lui, un sourire mauvais aux lèvres et il dut se faire souffrance pour ne
pas vomir tant la peur lui tordait l’estomac. Elle se rapprocha de lui jusqu’à
presque le toucher et il détourna la tête, incapable d’affronter son regard. D’affronter
même son image.
_ Mon fils, souffla la
haute stature de Lucius sur la peau dégagée de son cou avant de remonter
lentement jusqu’à son oreille. Il est temps.
***
_ Remus ! S’exclama
Ernst. Cessez de tourner en rond ainsi, vous me donnez le tournis.
_ Quelque chose ne va
pas, rétorqua aussitôt le sorcier. Vous le savez aussi bien que moi, vous
l’avez sentit.
_ Oui… non… je ne sais
pas. Il pouvait très bien s’agir d’un effet du vent. De plus nous n’avons eu
aucune nouvelle de notre espion, alors inutile de sauter sur les conclusions.
_ Si vous voulez vraiment
me faire croire ça, souffla sarcastiquement Lupin, il faudra vous montrer un
peu plus convaincant.
Et sans lui laisser le
temps de répondre, il se détourna pour marcher jusqu’à la fenêtre dont il tira
les lourds rideaux. Soupirant doucement, Ernst se rapprocha de son ami
maintenant appuyé contre la vitre, le regard perdu dans la forêt de ténèbres
qui s’étendait devant lui et posa une main sur son épaule.
Il le sentit se dérober
légèrement, avant de finalement accepter son maigre réconfort, mais toujours
incapable de le regarder.
_ Il faut vous calmer mon
jeune ami. Vous savez aussi bien que moi que s’énerver ne nous avancera à rien.
Cela ne changera pas les choses.
_ Je sais… je sais,
murmura piteusement le jeune homme, c’est juste que…
Il se prit la tête entre
les mains et étouffa le sanglot prêt à franchir ses lèvres, lâchant le papier
froissé qu’il avait conservé jusqu’à présent étroitement emprisonné dans son
poing.
Il ne devait pas
pleurer ! Il ne fallait pas ! S’apitoyer ne les aiderait pas, mais
dieu que cela pouvait faire mal. Si mal…
Il lui semblait qu’un
poids de plusieurs tonnes pesait sur son torse, coupant presque sa respiration
et que son âme saignait lentement. Il n’aurait pas été étonné de constater que
ses larmes avait pris la teinte du rubis.
Mon dieu, si mal.
Pourquoi ?
POURQUOI ?
Il frappa violemment son
poing contre le verre, manquant de le briser et se serait probablement effondré
si Ernst ne l’avait pas rattrapé. Ce dernier l’aida à glisser doucement à terre
avec lui, le serrant étroitement sans ses bras.
_ Pourquoi ?
Demanda-t-il d’une voix cassée.
_ Je suis désolé, murmura
simplement Ernst ne sachant pas trop quoi faire pour soulager la souffrance qui
ravageait son ami. Je suis désolé.
_ Je sais… je sais qu’il
y avait un risque. Un très gros risque. Mais pas ainsi… pas ainsi…
Sans même s’en rendre
compte, ses larmes roulèrent finalement sur ses joues et il se recroquevilla
sur lui-même, comme si cela pouvait l’aider à repousser la souffrance et la
tristesse qui noyait son esprit.
Se mordant profondément
les lèvres, lui aussi secoué par la nouvelle, mais s’interdisant de se laisser
ainsi aller, Ernst commença doucement à le bercer, caressant sa courte
chevelure en un geste qu’il espérait réconfortant.
Oui, pourquoi ?
Il ne savait pas.
Apparemment les évènements avaient tout simplement « dérapés ».
Peut-être n’avaient-ils pas correctement réalisé le rituel. Peut-être y
avait-il des scellées dont ils n’avaient pas deviné la puissance. Peut-être…
peut-être… trop de possibilités, trop d’incertitudes. Bon dieu, il n’était même
pas sûr qu’ils l’avaient réellement trouvé. Tout ce qu’il savait, tout ce qu’il
venait d’apprendre, c’est que toute son équipe avait été massacrée. Tellement
mutilée et éparpillée qu’il avait été impossible d’identifier un corps. D’après
ce qu’il avait compris, tout n’était plus que lambeau et mer de sang.
Toute une équipe, tous de
puissants sorciers… tous de proches amis… disparus.
Il se força à ravaler sa
propre douleur et une fois que le jeune homme contre lui se fut un peu calmer,
l’aida à se relever. Il ne pouvait pas comprendre sa souffrance, mais pensait
pouvoir la deviner. Il avait perdu un amant et lui, son meilleur ami.
Doucement, il l’aida à
gagner le canapé pour lui permettre de s’asseoir. Mais, il n’eurent pas le
temps de l’atteindre. A peine avaient-ils fait deux pas que la porte du bureau
fut brusquement ouverte, révélant à leur regard surpris une silhouette
ensanglantée et méconnaissable. Elle fit un pas dans la pièce, vacillante, puis
un deuxième, sans qu’ils ne pensent même à bouger, avant de s’appuyer
lourdement contre le dossier d’une chaise.
Elle leva alors vers eux
son visage tordu par la douleur et la fatigue, ainsi que par une terreur sans
nom.
_ Il l’a, souffla-t-elle
soudain d’une voix rauque. Il a l’ Aŀhŗan Nēhr.
Puis elle s’effondra à
terre.
_ SIRIUUUUUS !!!
Hurla Remus, réagissant enfin.
Au même instant, retentit
un hurlement qui leur glaça le sang et ils surent, avec certitude, qu’il était
ici.
***
_ Nonnnn…
Il avait fermé les yeux.
Non… non… il ne voulait pas.
Il ne pouvait pas. Il essaya de ne pas trembler lorsqu’une nouvelle fois le
souffle brûlant de son père vint caresser sa peau, mais en vain et il put sans
mal imaginer le sourire satisfait qui devait jouer sur ses lèvres.
Il savait !
Il savait et tout
allait recommencer. Encore. Et il ne pourrait pas le supporter, pas cette fois…
pas cette fois.
Ron !
Je suis désolé, désolé,
désolé…
Il sentit les larmes
glisser sur ses joues sans même chercher à les retenir, bien au-delà de la
honte, seulement plongé dans ses terreurs.
Une main froide vint
soudain effleurer sa joue et il tenta aussitôt à lui échapper, un petit cri
d’animal blessé aux lèvres. Il se débâtit un instant, écartant la tête et
levant les mains pour se protéger, mais perdit bien vite la bataille. La main
passa dans ses cheveux, glissant dans leurs mèches dorées avec autant de
gentillesse qu’une mère s’occupant de son enfant malade, alors que l’autre,
fermement appuyée contre la porte, l’empêchait de s’enfuir.
_ Mon tendre enfant,
soupira la voix de Lucius, presque rêveur et nostalgique. Toujours si fragile,
si gentil. Si désespérément gentil.
Draco, crispé en boule,
ne tenta même plus de lui échapper lorsque la main glissa à la base de sa nuque
puis dans son dos, passant sous sa robe pour venir en effleurer les cicatrices
qui le barraient.
_ Si désespérément perdu,
reprit son aîné. La pureté même. Une aberration. Une aberration qu’il a fallu
combattre pour mieux te préparer. Tu n’as été un Malefoy que tous aux longs de
ces années d’oubli. Tu te souviens maintenant, n’est-ce pas ? Tous ces
moments, toutes ces longues heures. Tu entends à nouveau leurs cris, leurs
suppliques et les rires de tes bourreaux. Tu te rappelles n’est-ce pas, leur
cruauté, leur application, leur plaisir ? Et tes larmes… tes hurlements…
si beaux.
Le jeune homme se prit la
tête entre les mains et la secoua violemment. Il ne voulait plus de ses
souvenirs, il les refusait ! Mais ils continuaient à se déverser et il
hurla presque de désespoir.
_ Te souviens-tu mon
fils ?
Recroquevillé sur
lui-même dans le coin le plus ombre de la pièce, il les vit entrer, un sourire
moqueur et mauvais jouant sur leurs horribles faces déformées. Fermant les
yeux, il se tassa un peu plus dans l’obscurité, priant qu’ils ne le voient pas,
tout en sachant qu’il n’aurait pas cette chance. Un grognement retentit, juste
avant qu’un souffle écœurant ne le cueille au visage et qu’une main gluante et
ferme ne lui prenne le bras, le forçant à sortir de l’ombre pour le jeter sur le
tapis un peu plus loin.
Il cria de douleur
lorsque son flanc frappa violemment le sol et ouvrit son regard pour voir les
quatre hautes statures bestiales l’entourer. Réprimant tout juste ses sanglots,
il jeta un regard suppliant vers le fauteuil où était assis son père, mais
celui-ci se contenant de l’observer sans bouger. Comme toujours.
Un des trolls se tourna
lui aussi vers lui en quête d’un ordre et il le vit hocher la tête en signe
d’agrément. Comme toujours.
Deux lourdes poignes
s’abattirent alors sur ses épaules.
_ Te souviens-tu de la
morsure de leur coup… ?
Le fer des anneaux
s’enfonçait dans ses poignets au point d’entamer la peau et manger ses chairs.
Il pouvait sentir son sang couler lentement le long de ses bras tirés vers le
haut. Les chaînes, intentionnellement raccourcies permettait à peine à ses
pieds de toucher terre et usait douloureusement les muscles de son corps,
faisant naître à son front une sueur glacée qui se mêlait à ses pleurs.
Des pleurs silencieux
qu’il avait déjà trop souvent versés inutilement. Cela ne faisait qu’augmenter
leur désir de torture, il le savait. Mais il n’avait que six ans et la terreur
était telle qu’il ne pouvait s’empêcher de les faire couler.
Ils augmentèrent encore
d’intensité lorsqu’il sentit le haut de son vêtement lui être enlevé, exposant
sa peau nue et déjà martyrisée à leurs regards carnassiers. Son désespoir et sa
peur redoublèrent également lorsqu’il perçut le bruit bien trop familier du
cuir être déplié et venir caresser le sol.
Il se crispa et attendit
le premier coup qui ne tarda pas à venir, mordant ses chairs et lui arrachant
un hurlement de douleur qui les fit rire de plaisir. Il y en eut un deuxième,
puis un troisième et encore un autre et un autre, alors qu’ils se relayaient,
chacun plus douloureux que le précédent et le faisant crier un peu plus fort,
combien même il essayait de ne pas le faire en ce mordant cruellement la lèvre.
Les coups s’enchaînèrent et
il en perdit vite le compte, perdu dans sa douleur et son incompréhension. Il
ne voyait pas pourquoi son père lui faisait ça. Pourquoi il l’avait tellement
fait souffrir depuis… depuis qu’il l’avait forcé à tuer ses
grands-parents ? Il n’avait jamais rien fait de mal et il l’avait même
tendrement aimé. Même encore aujourd’hui, il n’arrivait pas totalement à le
détester.
Pourquoi ?
Pourquoi ?
_ Père, pitié…papa…
Chaque fois… chaque fois,
il suppliait. Chaque fois, il essayait de trouver une parcelle d’amour,
d’humanité dans cet homme qui le regardait, impassible, souffrir milles
tortures. Chaque fois, il trouvait un instant la force de détourner la tête, d’oublier les regards
amusés et satisfait de ses bourreaux pour plonger ses yeux dans les siens. Il
savait qu’il y avait lu un jour la souffrance et le remord pendant une fraction
de seconde. Le premier jour, mais depuis lors… plus rien.
Et il savait que ce
n’était pas sa mère qui viendrait le protéger. Elle avait depuis longtemps
perdu l’esprit, ignorant ses cris, les rejetant, repoussant la vérité qui
s’écrivait un peu plus chaque jour sur son corps battu. Elle était toujours
douce avec lui, soignant ses plaies, mais sa main restait étrangement
impersonnelle, comme inexistante. Il n’y avait plus rien de maternelle et
d’aimant dans ses gestes. Juste la folie.
Encore une fois, son père
resta insensible à sa demande et il détourna la tête vers le mur de pierre
glacée contre sa peau brûlante, continuant à subir chaque coup, bientôt trop
faible pour même crier.
Pourquoi ?
Il sentit à peine le
dernier coup mordre ses chairs déjà bien trop torturées et ses jambes cessèrent
de le soutenir, le laissant pendre misérablement par les bras. Il ne souhaitait
plus qu’une chose maintenant, laisser les ténèbres l’emporter et éloigner pour
quelques heures au moins sa misère.
Il savait que lorsqu’il
le détacherait, il n’aurait même pas la force de se protéger de la chute qui
amplifierait encore ses douleurs et espérait s’évanouir avant.
Mais les choses en se
passèrent pas ainsi. Au lieu de le détacher comme à leur habitude, ce qu’il
supposa être l’un des Trolls appliqua sur son dos une substance qui le fit
hurler comme jamais auparavant, forçant son esprit entre l’inconscience et la
clarté et il sut que ce n’était pas encore terminé.
Il sentit le reste de ses
vêtements lui être enlever et pour la première fois depuis longtemps, son cœur se glaça complètement. Une main
glissa sur sa peau, à laquelle il tenta d’échapper malgré sa faiblesse, mais
emporté par la nausée et la souffrance, c’est à peine s’il put bouger. Et ce à
quoi il goûta ensuite fut bien pire que tout ce qu’il avait jamais subit,
laissant échapper une plainte au-delà de l’agonie.
_
NOONNNNNN !!!!!!!!!!!!!
_ Te souviens-tu, Draco,
te souviens-tu de l’odeur de leur peau, de sa texture granulée et humide. Te
souviens-tu de leur toucher.
Non… non… non…
_ NON !
Il appliqua violemment
ses mains sur ses oreilles pour échapper aux paroles de son père, aux souvenirs
qu’elles faisaient remonter, mais il semblait incapable d’y échapper. Elles
s’insinuaient dans son esprit, le frappant avec force, martelant ses faibles
défenses pour les réduire à néant, créant le même vide que la torture avait
causé tant d’année auparavant. Le même vide qui avait failli l’emporter
quelques semaines plus tôt.
« Tu le méritais,
Draco. C’était une juste punition. Toutes les souffrances que tu as causées,
toutes les morts dont tu es responsable, de ta faute. Il fallait payer… il faut
payer. Toujours de ta faute… »
_ Je ne voulais pas…
« De ta
faute ! »
_ Je…
« C’était mérité
Draco, je le sais, tu le sais ! »
_ Non…
« Tu. Le.
Sais ! »
_ De ma faute… ?
Sa voix était celle d’un
petit enfant, tremblante et incertaine, rongé par la culpabilité.
« Oui ! »
_ De ma faute ! Ma
faute, ma faute, ma faute, ma faute…
Complètement détruit, il
se mit violemment à se balancer d’avant en arrière, répétant sans cesse cette
même phrase, se frappant la tête de ses poings.
_ Ma faute, ma faute, ma
faute…
_ Oui Draco, ta faute. Et
tu sais ce qu’il faut faire, n’est-ce pas ?
_ Mourir… parce que c’est
ma faute, ma faute. Grand-père, grand-mère, ma faute… Pim, ma faute… maman, ma
faute… toujours ma faute, ma faute, ma faute… toujours, toujours…
Lucius laissa un sourire
satisfait et victorieux fleurir sur ses lèvres, alors qu’il regardait avec
fascination son enfant ravagé.
_ Ma faute, ma faute,
toujours ma faute, toujours… ma faute…
Il avait réussit.
_ Ma faute…
Shhhh ! Ce n’est
pas ta faute. Ce n’est pas ta faute. Je ne crains rien. Tu ne crains rien. Tout
ça, c’est du passé. Ce n’est pas ta faute. Tu n’as rien à te reprocher. Tu
m’entends, rien ! Tu y étais forcé, c’est ton père le responsable.
Shhhhh ! Je ne vais pas te laisser tomber. Je suis là maintenant et je
vais le rester. Je vais t’aider. Shhhh ! Shhhhh !
Il fronça soudain un
sourcil quand Draco arrêta brusquement sa litanie, cessant également de bouger
et fixant le sol, les yeux grands ouverts, une expression surprise et
légèrement détendue sur le visage.
J’ai confiance, Draco. J’ai confiance.
Le jeune homme baissa les
bras pour venir enserrer sa taille et son inquiétude grandit un peu plus
lorsqu’il vit ses larmes se tarir.
Moi non plus, sourit-t-il
alors gentiment avant de lui tendre la main. Ami ?
Ami.
Un grognement de rage lui
échappa lorsqu’il le vit sourire doucement...
« _ Je t’aime,
Ron. »
« _ Moi aussi Draco, moi
aussi. »
… puis complètement et il
sentit qu’il était en train de le perdre.
Sans attendre qu’il ait
le temps de regagner ses esprits, il lui saisit violemment la tête et prononça
rapidement une formule qui lui permis de lire ses pensées. Il comprit aussitôt ce qu’il était en train
de se passer et hurla presque de colère.
Il ne laisserait pas
faire !
Se concentrant, il forma
autour de son enfant une enveloppe de pure magie, brouillard noir qui glissa
rapidement sur son corps pour s’infiltrer à l’intérieur. Draco, comme sous
l’effet d’un terrible choc, ouvrit immédiatement les yeux et arqua le dos en un
cri muet. Il fut secoué d’un spasme, puis deux, alors que son père récitait
l’incantation.
_ Elam Lahr Shrā
Kelalëtep Etanara Kõre Bryhu.
Puis le brouillard se
dissipa d’un coup et son corps retomba, inerte, au sol. Quelques longues
secondes passèrent sans qu’il ne réagisse et finalement, il leva vers Lucius un
regard sans vie et saisit les fers qu’il lui tendait. Puis, il se redressa, tel
un automate et s’éloigna lentement en direction de l’aile des Griffondors.
Son père le suivit un
long moment du regard, puis se leva à son tour pour partir dans le sens opposé,
vers une des pièces de l’école où il savait trouver ce dont il aurait besoin.
Ce contre temps lui était pénible, mais il le savait indispensable à la
réussite de son projet.
***
_ Sirius ?
Affolé, le cœur au bord
des lèvres, Remus s’était précipité auprès du sorcier qu’il avait eu tant de
mal à reconnaître. Pourtant, sa longue chevelure corbeau et soie et sa stature si
particulière, parfaitement musclée mais étrangement gracieuse, passaient
difficilement inaperçues. Mais le sang qui souillait son visage et engluait ses
cheveux, les meurtrissures qui marquaient chaque parcelle de son corps et ses
vêtements en lambeau ne l’avaient pas aidé à reconnaître son amant.
Seul le son, même éraillé
et faible, de sa voix, lui avait permis de comprendre et il s’était rapidement
porter à ses côtés pour soulever délicatement son corps meurtri et le caler
contre lui, reposant sa tête contre sa poitrine.
Un souffle laborieux
échappait à peine à ses lèvres carmines et Remus dut supprimé le tremblement
qui secouait violemment ses mains pour écarter les mèches poisseuses qui
tombaient sur ses yeux.
Sirius craqua alors
péniblement son regard sur lui et un fantôme de sourire effleura ses lèvres
quand il le reconnut, avant de se transformer en une pénible grimace, alors
qu’il était secoué d’une toux violente qui le fit cracher un peu plus de sang.
Remus pâlit à cette
vision et resserra inconsciemment son étreinte tout en veillant cependant à ne
pas le faire plus souffrir.
_ Sirius ?
Demanda-t-il alors gentiment. Que s’est-il passé ?
Le sorcier prit une
pénible inspiration.
_ Trolls…, souffla-t-il.
Une armée… rien put faire… un massacre… ils ont… ils ont emporté le livre…
impuissant, désolé…
_ Chut, répondit Remus en
lui caressant doucement le visage. Tu n’es pas responsable. Tu n’as plus à
t’inquiéter de ça. Tout ce que tu as à faire pour l’instant, c’est rester avec
moi, d’accord ? Je ne veux pas que tu t’endormes.
Son compagnon hocha
doucement la tête et Remus se tourna immédiatement vers Ernst qui se trouvait
juste derrière eux, le visage inquiet.
S’il avait encore pu
douter des causes du hurlement, ce n’était maintenant plus le cas. Comment cela
avait-il pu se passer si vite ? Ils n’étaient pas encore prêts et leur
chance semblait maintenant bien maigre.
Que n’avait-il retrouvé
ce maudit grimoire avant !
Il fixa un long moment
Sirius sans bouger, débattant sur le comportement à tenir. Il savait qu’il
aurait déjà du partir protéger Draco, mais il ne pouvait raisonnablement pas
laisser son ami dans cet état. D’un autre côté si jamais Lucius mettait la main
sur son fils et parvenait à réveiller ses pulsions, tout était perdu. Il était
déjà parvenu à prévenir cette catastrophe quelques semaines auparavant, lorsque
McGonagall et Flitwick avaient commis l’irréparable. Il avait cru arriver à
temps alors pour définitivement effacer la mémoire du jeune homme, lorsqu’ils
avaient enfin compris les plans du sorcier, mais s’était lourdement trompé. Le
mal avait déjà été fait. Sans Ron, Draco serait déjà mort et son père aurait
récupéré son corps pour le placer en stase.
Mais maintenant que
Lucius avait récupéré le livre maudit, le pire était à craindre.
Ses yeux s’ancrèrent un
instant à ceux de Remus et le désespoir qu’il y lut, lui fit prendre une
décision que son âme cria comme folie et qui en était une. Abandonnant son idée
première, il s’agenouilla prêt de lui et, plaçant ses mains sur la poitrine de
Sirius, laissa la magie diffuser au rythme d’une incantation ancienne et
puissante, secondé par Lupin.
Une aura bleutée se
dégagea autour du corps presque inconscient du sorcier qui n’eut pas la force
de protester et peu à peu ses plaies se mirent à guérir, se refermant
lentement, ses os se ressoudant. Il passa presque dix minutes ainsi, avant que
la plus grande partie de ses blessures en soient guérit et Ernst, au bord de
l’épuisement, rompit alors le sortilège pour retomber pantelant en arrière.
Sirius avait maintenant
les yeux fermés et dormait su sommeil du juste.
Son visage paisible
attira un petit sourire à Ernst qui grimaça légèrement lorsqu’il se releva avec
peine.
_ Ca va aller ?
S’enquit immédiatement Remus en voyant son visage légèrement cendreux.
_ Autant que faire se
peut. Cette incantation requiert beaucoup d’énergie et ses blessures étaient
nombreuses. Il n’est d’ailleurs pas tout à fait guérit et souffre encore de la
perte de sang, mais il est hors de danger.
Remus secoua la tête en
soufflant un remerciement.
_ Remus, souffla alors
Ernst, je sais que vous aimeriez rester avec lui, mais il nous faut absolument
partir. Lucius est ici cela ne fait aucun doute et il en a après Draco. Nous
devons le protéger.
Le sorcier acquiesça aussitôt, réalisant soudain la portée de ce
qu’il venait de dire et se releva, soulevant sans mal son compagnon pour le
déposer avec précaution sur le canapé. Il déposa un rapide baiser sur son front
et effleura encore une fois sa joue, avant de se détourner pour rejoindre son
ami qui tentait de récupérer quelque peu.
Ils n’eurent pas le temps
d’atteindre la porte que celle-ci s’ouvrit sur un de leur collègue paniqué.
_ On a tué McGonagall,
annonça-t-il du but en blanc, tremblant légèrement.
_ QUOI ?
S’exclamèrent les deux sorciers en même temps.
_ Et Rusard et sa chatte.
Un vrai massacre.
Les deux hommes pâlirent
horriblement et se regardèrent la même lueur de compréhension dans le regard.
Rhreï Kilour.
Sans attendre, ignorant
le regard surpris et suppliant du professeur, ils sortirent en courant du
bureau pour se précipiter vers l’aile réservée aux Serpentards.
***
La première chose dont il
eut conscience lorsqu’il reprit connaissance, fut les étaux qui entouraient ses
poignets et l’empêchaient de bouger. Il semblait étendu sur son lit, les bras
derrière la tête probablement accrochés aux montants de fer et croisés de telle
façon qu’il ne pouvait faire un seul mouvement sans se déchirer les muscles. Un
bâillon encombrait sa bouche, rendant sa respiration difficile et tout appel à
l’aide impossible.
Sa tête le lançait de
façon à peine supportable entre la souffrance directe due au coup qu’il avait
pris à la tempe et qui lui avait fait perdre connaissance et celle, plus
insidieuse, de la migraine qu’il avait provoqué.
Il pouvait sentir un
poids à ses côtés, probablement la personne qui l’avait agressée et qui jouait
avec les mèches de ses cheveux. La peur coula lentement en lui et il n’osa pas
ouvrir les yeux, pensant que, peut-être, elle ne lui ferait rien tant qu’elle
le croirait inconscient.
Malheureusement pour lui,
elle avait du le sentir bouger légèrement car elle cessa presque immédiatement
son geste et ne le voyant pas ouvrir les yeux, lui donna une claque qui projeta
violemment sa tête sur le côté, amplifiant douloureusement les effets de sa
migraine et brûlant la chair de sa joue.
Son cri fut étouffé par
le bâillon et il ouvrit les yeux par réflexe, découvrant les contours plongés
d’obscurité, mais bien connus de sa chambre. Inspirant profondément par le nez,
il tenta de calmer la panique qui menaçait de le submerger et lentement se
retourna pour dévisager son agresseur.
Malgré les ténèbres
seulement percées par la lueur de sa lampe de chevet, il reconnut immédiatement
la personne qui l’avait frappé et étouffa un sanglot quand il vit ses yeux
dénués d’expression le fixer sans paraître vraiment le voir.
Il essaya de parler
ensuite, mais aucun son cohérent ne put franchir la barrière qui obstruait sa
bouche et en retour, il reçut un deuxième coup, mais dans les côtes cette fois.
Il sentit immédiatement l’air quitter ses poumons sous le choc et peina à
reprendre sa respiration, se tordant de douleur et cinglant les muscles de ses
bras dans un mouvement trop ample.
Il fit une nouvelle fois
face à son assaillant, le regard suppliant et noyé de larmes, mais ne put lui
arracher aucune réaction. Son visage parfaitement impassible ne se troubla pas
un seul instant, comme s’il semblait être à des milliers de kilomètres et ses
yeux, normalement azurs, paraissaient noirs encre à cet instant. Un regard
étranger, impersonnel, sans aucune émotion, comme un robot.
Un long frisson parcourut
sa colonne vertébrale et, incapable de soutenir le vide de ses yeux, détourna
la tête. Une main lui saisit aussitôt violemment les cheveux pour le forcer à
se tourner vers lui et un nouveau coup perça sa poitrine. Puis un autre, et
encore un autre. C’est une véritable pluie qui s’abattit bientôt sur lui,
envoyant dans ses nerfs plus de maux qu’il n’aurait jamais cru possible, le
faisant mordre si fort son bâillon qu’il semblait prêt à se déchirer. Mais ce
n’était pas temps la douleur physique qui lui arrachait une agonie que celle de
celle de son esprit et il ne cessait de se répéter :
Ce n’est pas lui, ce
n’est pas lui, ce n’est pas lui.
Il fut bientôt au bord de
l’inconscience, son corps n’étant plus qu’une immense plaie à vif qui semblait
le saturer de souffrance, au point qu’il attendait le moment où il sombrerait
enfin.
Les coups s’arrêtèrent
soudain et il se recroquevilla spontanément sur lui-même comme si cela pouvait
suffire à le protéger de ce qui allait suivre. Malheureusement, il put à peine
bouger, basculant légèrement sur le flanc, ne sentant même plus la souffrance
de ses bras au milieu de toute les autres. Puis, il releva lentement la tête,
distinguant à peine maintenant dans son regard noyé de carmin, la stature
penchée sur lui. Mais il put comprendre sans trop de mal qu’elle était couverte
de son propre sang qui goûtait même de ses poings. Il n’imaginait même pas à
quoi devait ressembler son corps maintenant, poupée de porcelaine désarticulée.
La mort ne lui semblait
plus très loin.
Pourquoi ?
A nouveau il put voir ce
regard vide fixé sur lui et à nouveau il se sentit frémir.
Ce n’est pas lui.
Mais, quoique son esprit
puisse lui affirmer, il ne s’en sentait pas moins déchiré et trahi, comme s’il
venait lui arracher une partie de lui-même.
Pourquoi ?
Pourquoi ? POURQUOI ?
Un sanglot pathétique
passa ses lèvres, à peine un gémissement arraché à sa gorge et il se sentit
chavirer.
Pourquoi ?
Il eut soudain la
sensation d’une main dégrafant sa robe et exposant sa peau nue à la fraîcheur
de la nuit et son cœur rata un battement.
Non ! Non, non,
non. Pas ça ! Je t’en supplie, pas ça ! S’il te plait… s’il te
plait, je t’aime… ne fait pas ça… non…
Mais il ne pouvait rien
faire et ses suppliques muettes restèrent sans réponse. Il se serra alors
instinctivement en boule, mais n’était pas à même de lutter contre les mains
puissantes qui coururent sur sa peau. Tentant de reculer lorsqu’il les sentit
glisser sur son torse, il n’y gagna qu’un nouveau coup à la tête qui fit
sombrer ses pensées.
La dernière chose dont il
eut conscience avant de s’évanouir, fut de mains glaciales écartant violemment
ses jambes, un nouvel appel déchirant de son esprit et puis… plus rien.
DRACO ! NON !
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